Matmatah choisit l’écart : avec L’Embardée, le groupe s’offre une sortie de route maîtrisée

Il y a des retours attendus. Et puis il y a ceux qui surprennent. En dévoilant sans prévenir L’Embardée, Matmatah n’a pas seulement sorti un nouvel album : le groupe brestois a pris tout le monde à contre-pied. Trente ans après ses débuts, il choisit de ralentir, bifurquer, et regarder ailleurs.

Le résultat ? Un disque inclassable, libre, presque indiscipliné.

Un album qui refuse les lignes droites

Dès les premières pistes, L’Embardée donne le ton : ici, pas de démonstration de force ni de retour nostalgique calibré. Matmatah préfère explorer, fouiller dans ses influences, et revisiter des chansons qui ont marqué ses membres, quitte à dérouter.

Le pari de l’album de reprises pourrait sembler confortable. Il est ici tout l’inverse. Chaque morceau est tordu, déplacé, réinterprété avec une forme de malice et une vraie prise de risque. Le groupe ne cherche jamais à reproduire, mais à transformer.

On passe ainsi d’ambiances intimistes à des élans plus électriques, de la chanson française à des horizons plus anglo-saxons, dans un patchwork qui aurait pu paraître bancal mais qui tient par une cohérence : celle du regard du groupe.

Une énergie collective retrouvée

Ce qui frappe, c’est le plaisir évident qui traverse l’album. L’Embardée sonne comme un disque fait sans contrainte, presque entre amis, où l’expérimentation reprend ses droits.

Les arrangements, souvent inattendus, jouent un rôle clé : cuivres, textures acoustiques, détours rythmiques… Matmatah enrichit son univers sans le dénaturer. La patte bretonne n’est jamais loin, mais elle s’ouvre à d’autres paysages.

Et au milieu de ces réappropriations, quelques instants plus personnels viennent rappeler que le groupe n’a rien perdu de sa capacité à raconter et à émouvoir.

Le goût du risque, encore

À l’heure où beaucoup de formations installées misent sur la continuité, Matmatah choisit le déséquilibre. L’Embardée n’est pas un album qui cherche à plaire à tout prix. Il avance par ruptures, par contrastes, parfois même par excès.

Mais c’est précisément là que réside sa force. Le disque donne l’impression d’un groupe qui n’a plus rien à prouver — et donc tout à tenter.